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Médecine d’urgence rurale : Leçon tirée d’un collision frontale mortelle à Wawa

 

« Il faisait nuit noire sur la route. Aucun éclairage, sauf celui du véhicule en feu et les phares des voitures de police. Nous avons utilisé les phares de notre ambulance pour éclairer l’endroit, raconte Derek Blanchet, ambulancier spécialiste des soins primaires. Lui et son collègue, Zoltan Pinter, ont été les premiers intervenants à arriver sur le lieu de l’accident le dimanche 19 août 2018.

Ils intervenaient pour une collision frontale de deux véhicules sur la route 17, à 20 minutes au sud de Wawa, à 22 h 30. Le premier véhicule avait frappé un orignal puis le véhicule venant dans l’autre sens. Le résultat a été un incident avec atteintes massives (IAM) impliquant neuf personnes : deux enfants parmi les sept gravement blessés et deux morts.

 

« Nous avions un total de neuf patients, dont deux décédés sur place. Le sang de l’original rendait la route très glissante. La police avait extrait sept personnes des véhicules et les avait éloignés du véhicule en feu. En raison de l’épais brouillard, Ornge ne pouvait pas envoyer d’hélicoptère sur les lieux. »

 

De l’aide supplémentaire est arrivée une heure plus tard. L’équipe d’intervention d’urgence a pu orienter un patient à Sault Ste. Marie, un autre à London et le reste à l’Hôpital Lady Dunn à Wawa.

 

« Presque tous les fournisseurs de soins de santé qui étaient en ville ce soir-là sont venus apporter de l’assistance, et plusieurs ont ensuite été travailler le lendemain, indique le Dr Anjali Oberai, professeur agrégé à l’EMNO et directeur de la section de médecine familiale, en parlant de la longue nuit consacrée à traiter une grande variété de blessures graves. Ces types d’événements peuvent être stressants lorsqu’on travaille dans un endroit isolé, mais il est aussi réconfortant de voir tout le monde se mobiliser et travailler si bien en équipe. »

 

L’accident est survenu trop loin de tout centre de traitement des traumatismes de niveau 1, ce qui a présenté plusieurs défis pour l’équipe de traitement d’urgence des traumatismes.

 

« Nous avions cinq patients gravement malades dans notre petite salle d’urgence rurale. Les défis auxquels nous étions confrontés étaient principalement dus à notre milieu rural. Nous avions épuisé nos réserves de produits sanguins et nos ressources locales. Il peut être difficile de transférer des patients vers des centres de soins adaptés, ajoute le Dr Oberai. Le temps semblait ralentir pendant que nous attendions les transferts. »

 

L’équipe a recouru au système de soins intensifs virtuels (SIV) qui leur a permis de consulter un spécialiste situé à un autre endroit.

 

« Sur une note très positive, nos avons eu accès au médecin et au personnel des SIV qui sont restés avec nous (en ligne) jusqu’à ce que le dernier patient ait été transféré plus de 12 heures plus tard. Ce fut extrêmement utile d’avoir ce soutien à Wawa. »

 

Selon M. Blanchet, ce cas est un exemple réaliste de ce qui se passe dans n’importe quelle petite ville du Nord : « C’est une bonne étude de cas d’incident à atteintes multiples dans un petite ville et de la façon de traiter un volume important. Il ne faut pas grand-chose pour surcharger un petit hôpital comme le nôtre. Il pourrait être justifié de réévaluer le stock de produits sanguins et la façon de gérer la charge de patients ».

 

Blanchet pense que c’est l’occasion d’examiner ce cas et d’autres, et peut-être même d’effectuer des recherches, quand il s’agit des lignes directrices du ministère : « Le ministère devrait peut-être envisager des révisions pour les environnements ruraux où les ambulanciers peuvent être sur un lieu d’incident pendant une période prolongée et avoir besoin de davantage de ressources ».

 

Il fait également remarquer la possibilité d’offrir davantage de formation et de fournitures, de veiller à ce qu’il y ait suffisamment de défibrillateurs, de bonbonnes d’air et de produits sanguins, d’offrir de la formation sur l’IV, de la formation annuelle sur les incidents à atteintes massives et la planification. De l’avis du Dr Oberai, il est certainement logique d’évaluer les produits sanguins disponibles et accessibles et les compétences en soins intensifs virtuels.

 

L’équipe multidisciplinaire a présenté ce cas d’incident à atteintes massives à la conférence sur les traumatismes pédiatriques à London au printemps. Elle était constituée du Dr Oberai, de la Dre Dannica Switzer, de Zoltan Pinter (services médicaux d’urgence) et de Sherri Egan (infirmière autorisée). « Une partie du message portait sur l’approche des soins en équipe » précise le Dr Oberai.

 

« Il a été très utile d’avoir une séance organisée de bilan après-coup. Le groupe de soins intensifs virtuels de Sudbury a pris les choses en main et incluait toutes les personnes de quatre hôpitaux qui sont entrées un jeu ce soir-là. On peut parfois oublier le fardeau émotionnel que des événements comme celui-ci peuvent avoir sur nos collègues » ajoute-t-il.

 

Soins intensifs virtuels (SIV)

 

Le 5 juillet 2019, Horizon Santé-Nord (HSN) a annoncé qu’au cours des cinq dernières années, l’équipe des SIV a été consultée pour 1 504 patients et a animé plus de 2 820 consultations virtuelles, ce qui a permis à plus de 620 patients de demeurer dans leur hôpital local.

 

Afin de fournir l’accès en permanence aux SIV dans le Nord de l’Ontario, une équipe de 37 médecins spécialistes des soins intensifs et de personnel infirmier formé spécialement, ainsi que 45 professionnels paramédicaux, y compris des inhalothérapeutes, des pharmaciens et des diététistes, sont disponibles à HSN pour des consultations jour et nuit. La vidéoconférence permet à l’équipe de communiquer avec d’autres unités de soins intensifs et services d’urgence de petits hôpitaux de la région.

 

Depuis mai 2014, de nouveaux partenariats de soins ont été établis entre HSN et 25 hôpitaux pour fournir aux patients de tout le Nord-Est l’accès à des services de médecins spécialistes des soins intensifs. L’intégration des sites côtiers de la Weeneebayko Area Health Authority est actuellement en cours avec la mise en œuvre des SIV à l’Hôpital d’Attawapiskat, l’Hôpital de Fort Albany, le poste de soins infirmiers de Kashechewan, et à l’automne, au Moosonee Health Centre.

Prendre la route et s’exprimer

 

À votre avis, que signifie réellement « être socialement responsable »? Je continue de poser cette question et je reçois d’excellentes opinions.

Sol Mamakwa, député provincial de Kiiwetinoong (Ontario) et ancien membre du conseil de l’EMNO, partage beaucoup de mes points de vue sur les stratégies à long terme pour répondre aux besoins en matière de santé du Nord de l’Ontario. Nous avons eu une conversation franche sur le rôle que l’EMNO devrait jouer dans la promotion des intérêts et l’influence politique lorsque nous avons discuté des nombreux faits concernant les déterminants de la santé dans le Nord de l’Ontario dont j’ai parlés dans mon blogue précédent « Unique en son genre dans le Nord ».

septembre 24, 2019

Ouragans, incendies de forêt et crise des opioïdes; comment un résident de l’EMNO a remporté un prix national de responsabilité sociale

Le Dr Lloyd Douglas était engagé dans la santé publique avant même d’en avoir conscience.

« À la Jamaïque, quand j’avais une vingtaine d’années, ma communauté rurale était menacée par des ouragans, et j’étais le gars qui courait partout pour mettre les gens en sécurité ».

 

Ce qui a commencé par du bénévolat est devenu une véritable expérience de santé publique quand le Dr Douglas a participé la planification des urgences et à l’intervention pendant la saison des ouragans sur son île. Cette expérience l’a conduit à devenir médecin.

 

« J’ai toujours eu cette passion et j’ai toujours voulu apporter de l’aide. »

 

Passons maintenant à avril 2019 où le Dr Douglas a été le seul résident en médecine au Canada à recevoir le tout premier Prix Dr Ian Bowman pour le leadership en matière de responsabilité sociale, présenté au nom du Conseil médical du Canada, un honneur qu’il a gagné au fil de son parcours.

 

Le Dr Douglas, qui a effectué ses études de médecine à la Jamaïque, a immigré à Ottawa avec sa femme et son jeune fils en 2010; sa fille est née plus tard cette année-là à Ottawa. Le plan était d’effectuer sa résidence en médecine au Canada. Il dit qu’il avait presque renoncé à essayer de s’inscrire à un programme jusqu’à ce qu’il déménage à Sioux Lookout pour faire du bénévolat et décide de présenter une demande d’admission à l’École de médecine du Nord de l’Ontario (EMNO) dans l’intention de servir les communautés autochtones dans le Nord.

 

« J’ai réalisé que je pouvais aider à combler les lacunes dans le Nord. Alors je suis venu à l’EMNO et dans le Nord avec l’intention claire de travailler avec les communautés des Premières nations. J’ai commencé ma résidence en santé publique et médecine préventive en 2014 et avec la permission de l’EMNO, j’ai demandé un transfert pour le dernier mois de mon stage de résidence afin d’aider les évacués, à titre d’agent de sécurité du centre des opérations d’urgence de l’Independent First Nations Alliance (IFNA) à Sioux Lookout.

 

Dans cet esprit, le Dr Douglas continue de travailler à Sioux Lookout. Lorsqu’il s’est joint à l’EMNO, il a expressément demandé de se rendre à Sioux Lookout pour terminer son stage en milieu rural. Cette ville se trouve à 398 kilomètres de route, au nord-ouest de Thunder Bay et est considérée comme une plaque tournante pour le grand nord.  Elle dessert jusqu’à 33 Premières Nations. Six ans plus tard, il y vit encore et a l’intention d’y rester : « La venue dans le Nord n’offrait aucune sécurité mais je serais venu même si c’était seulement pour faire du bénévolat ».

 

« Je vais là où on a besoin de moi. Il ne s’agit pas de moi, il s’agit de faire partie de la solution pour redonner du pouvoir aux communautés autochtones. Je ne joue qu’un rôle de soutien, explique-t-il métaphoriquement. Je tiens le micro pendant qu’elles parlent ».

 

Le Dr Douglas joue ce rôle de soutien depuis son enfance. Sa passion personnelle pour aider les gens est née lorsqu’il a vu son grand-père surmonter un grave problème de consommation d’alcool et appris que son père s’était remis d’une dépendance au jeu. Il pense que son bénévolat à l’Église adventiste du septième jour en Jamaïque lui a instillé sa passion pour la santé publique.

 

Cette expérience l’a amené à son travail d’aujourd’hui, à aider à faire face à la crise régionale des opioïdes. Il a été le premier médecin de la région à utiliser la naltrexone pour traiter les troubles graves liés à l’alcoolisme dans le cadre du programme Accès spécial aux médicaments et aux produits de santé de Santé Canada.

 

Dans deux collectivités autochtones éloignées accessibles par air seulement, il a établi des relations de travail avec les dirigeants communautaires. À leur demande, il a aidé à monter le dossier pour l’établissement d’un centre de traitement et à trouver des commandites d’organismes pour des ateliers sur le diabète. Il a également travaillé avec la direction et le personnel infirmier du Service de soutien au sevrage des patients externes du SLMHC afin de rétablir un service médical de lutte contre a toxicomanie afin de faciliter le traitement des troubles liés à l’usage de substances chez les clients des collectivités autochtones éloignées et à Sioux Lookout.

 

Il a établi des liens personnels avec la communauté. Il appelle affectueusement ses amis et ses voisins ses « frères et sœurs autochtones ». Il dit que sa foi offre aussi un lien unique avec la communauté : « Moi aussi, je crois au Créateur et à la puissance supérieure, et je ne crois pas que je suis ici par hasard. Je crois qu’il y a une raison pour laquelle j’ai atterri ici. »

 

Il encourage les autres, les étudiants en médecine, les résidents en médecine et les « autres cercles », à réfléchir à la façon dont ils peuvent eux aussi contribuer à un changement concret et utile.

 

« J’espère voir les gens sortir des sentiers battus et agit… Il faut établir des relations, décoloniser, redonner du pouvoir aux gens, se réconcilier… toutes ces choses sont importantes et pour que cela fonctionne, il faut que chaque résident vienne passer du temps dans les communautés et prenne le temps d’écouter les gens. Nous devons vraiment sortir de notre coquille, nous impliquer et nous éloigner de l’individualisme. Il faut penser aux autres. »

 

À propos du Prix Dr Ian Bowmer pour le leadership en responsabilité sociale

 

Ce prix national est décerné par le Conseil médical du Canada à un seul étudiant en médecine et à un seul résident au Canada qui ont fait preuve de leadership en matière de responsabilité sociale au sein des facultés de médecine du pays. L’accent est mis sur les leaders qui ont conçu de nouvelles approches et inspiré les équipes à répondre aux besoins d’une communauté ou d’une population en élaborant en consultation et en collaboration une approche et une vision pertinentes en partenariat avec les communautés.

 

Le Dr Douglas est un résident postdoctoral en cinquième année en médecine du Programme de santé publique et de médecine préventive (PSMP) qui démontre un engagement continu envers la responsabilité sociale et les populations insuffisamment desservies du Nord de l’Ontario. Plus précisément, il a contribué à améliorer l’accès des Autochtones aux soins à partir de sa base à Sioux Lookout, en Ontario.

 

 

NOSM University