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Alors que le mouvement de lutte active contre le racisme continue de se propager dans de nombreuses professions et communautés au Canada, les écoles de médecine sont parmi celles qui examinent de plus près leurs pratiques systémiques institutionnelles afin d’améliorer activement la diversité et l’inclusion.
Joby Quiambao est diététiste, diplômée du Programme de stages en diététique dans le Nord de l’Ontario (PSDNO), et travaille à temps plein au Maamwesying North Shore Community Health Service. Elle est aussi membre de la toute première section locale de Diversify Dietetics, un groupe qui travaille pour améliorer la diversité ethnique et raciale dans la profession.
« La sensibilisation amplifiée à l’injustice raciale dans les nouvelles et les manifestations antiracistes en cours ont fait connaître le manque de diversité dans de nombreuses professions. Les racines occidentales et coloniales sont révélées et confrontées » déclare Mme Quiambao.
« Au début de mes études universitaires de premier cycle, je n’avais pas réalisé combien il était important de connaître ma langue maternelle et mon histoire culturelle. Elles ont enrichi ma perspective et ma compréhension du travail que je fais aujourd’hui à titre de diététiste. Je pense qu’une grande partie de cette évolution est due au fait que nos sociétés systémiques et institutionnalisées sont conditionnées pour penser de manière standardisée. »
Mme Quiambao souligne que « le racisme est présent au Canada et continue de découler des racines coloniales, depuis la définition de ce que nous devrions manger jusqu’à qui peut entrer dans la profession de diététiste ».
Malgré tout, un changement se produit dans les communautés, et la population du Nord de l’Ontario grandit et se diversifie. Elle le constate et estime en faire partie. « Je suis très heureuse d’avoir été admise au PSDNO et de faire carrière dans le Nord ».
« Cependant, tout au long de mon parcours pour devenir diététiste, il y a eu un manque flagrant de diversité raciale, à la fois pendant mes études de premier cycle à la Western University et plus tard dans le Programme de stages en diététique dans le Nord de l’Ontario de l’EMNO; j’étais la seule personne de couleur dans ma classe du PSDNO de l’EMNO ».
Elle aimerait voir plus de diversité dans tous les programmes de formation en nutrition et en diététique, et que les établissements d’enseignement offrent des possibilités durables inclusives et accessibles aux candidates et candidats de diverses cultures, ethnies et situations socioéconomiques sous-représentées.
En ce moment, elle travaille sur une étude qui examine les données démographiques des candidates et candidats aux programmes de nutrition et de diététique. Elle espère que cette étude apportera de précieuses preuves pour améliorer le processus d’admission et contribuera à diversifier la profession. Elle décrit ce travail comme « un début ».
Mme Quiambao a surtout commencé le processus d’identification et d’exploration de soi en travaillant avec et dans des communautés autochtones à Toronto et dans le Nord. Ce sont les conseils de son ancien collègue, un guérisseur traditionnel, Kenn Pitawanakwat de la Première Nation non cédée de Wikwemikong, qui l’ont encouragée à explorer sa propre culture et son lien avec son parcours professionnel et son bien-être.
« J’ai appris que l’enseignement traditionnel est un partage culturel; que la nutrition, la santé des Autochtones et l’environnement se recoupent et sont interconnectés. Je le vois clairement en tant que diététiste. »
À son avis, il aurait été très intéressant de voir quelqu’un, comme elle, une personne de couleur, participer au programme ou être représenté dans la promotion de la formation en diététique.
« Cela apporte beaucoup d’espoir quand vous voyez quelqu’un avec qui vous pouvez avoir des points communs dans des rôles auxquels vous aspirez. Cela ajoute une toute nouvelle perspective sur ce que l’on peut espérer être ou s’efforcer de devenir, faire partie de cette profession. »
« Voir quelqu’un comme vous dans une carrière que vous espérez avoir un jour envoie le message que vous avez accès à cette possibilité. »
La Dre Niharika Shahi (classe de médecine de 2020) a reçu le Prix des jeunes chefs de file de l’Association médicale canadienne (étudiants en médecine)pour ses activités hors pair de promotion des problèmes de santé uniques au Nord, notamment le soutien en santé mentale pour les jeunes Autochtones des écoles secondaires, l’éducation du public sur les surdoses d’opioïdes et l’administration de Naloxone, ainsi que la sensibilisation aux signes de trafic de personnes.
Le prix est remis à une étudiante ou un étudiant « en reconnaissance de sa créativité, de son engagement et de son dévouement à changer la donne à l’échelle locale, provinciale ou territoriale, et nationale. »
La Dre Shahi a été surprise de recevoir le prix et ne sait pas qui a proposé sa candidature : « J’étais en quatrième année d’études de médecine et ce fut une très grande surprise. C’est non seulement une réussite pour moi mais aussi pour les équipes avec lesquelles j’ai travaillé dans ces initiatives. Dans le Nord, le travail a souvent lieu sur une petite échelle, et lorsqu’un prix national est décerné, soudainement ces initiatives importantes commencent à faire les manchettes dans tout le pays. Sur Twitter, j’ai vu des médecins d’Ottawa s’intéresser à ces initiatives menées dans le Nord de l’Ontario et en discuter. Pour moi, c’est la plus grande réussite. »
Elle estime que le mandat de responsabilité sociale de l’EMNO a éveillé son intérêt pour des initiatives en santé uniques au Nord qui dépassent le programme d’études en médecine obligatoire.
« Je me suis toujours intéressée à la prestation de meilleurs soins dans les communautés du Nord et c’est la principale raison pour laquelle j’ai choisi d’étudier la médecine dans cette région. J’estime avoir une responsabilité en tant que futur fournisseur de soins; c’est pourquoi j’ai pris l’initiative de souligner les différents problèmes auxquels nos communautés sont confrontées. »
Au cours d’un stage en milieu rural à Kenora, elle s’est entretenue avec des jeunes et visité des communautés environnantes des Premières Nations. Les jeunes Autochtones ont parlé des défis que présente le déplacement jusqu’à Thunder Bay pour fréquenter l’école secondaire. Elle a remarqué les problèmes de santé mentale de toute une population d’adolescents qui quittent leur famille pour effectuer des études supérieures et qui, dans bien des cas, reviennent chez eux deux fois par an seulement.
« J’ai pu m’associer à des psychiatres locaux par l’entremise de Compass North (une clinique communautaire dirigée par des étudiants). Nous avons organisé des ateliers à l’intention du personnel des écoles secondaires qui travaille avec de jeunes Autochtones afin de lui fournir les ressources nécessaires pour leur apporter un soutien en santé mentale » explique-t-elle.
La Dre Shahi s’est aussi adressée à un programme local d’échange de seringues lorsqu’elle a constaté la crise prévalente des opioïdes dans le Nord et le manque de formation sur la gestion des surdoses d’opioïdes. Elle a travaillé avec le programme pour offrir de la formation sur des moyens sécuritaires et recommandés d’administrer la Naloxone. L’atelier était à l’origine offert uniquement aux étudiants en médecine, mais suite à ses interventions, il est maintenant largement devenu un atelier public.
Pendant sa première année à l’École, la Dre Shahi s’est jointe à un groupe de bénévoles appelé Association des étudiantes et étudiants en médecine contre le trafic de personnes.
« C’était la première année d’existence de ce groupe. Il cherchait une représentante ou un représentant de chaque école de médecine. J’ai réalisé que ce problème se pose dans le Nord de l’Ontario mais n’est pas abordé, ni même mentionné, dans le programme de médecine. J’ai assumé le rôle de représentante du campus. J’ai communiqué avec le service local de police pour lui demander s’il accepterait de fournir des renseignements aux étudiants en médecine de l’EMNO dans le cadre d’un atelier. »
Le sujet a été ajouté à l’ordre du jour d’une soirée sur la santé des femmes et des enfants à l’EMNO. L’atelier a apporté des conseils sur la façon dont les médecins peuvent déceler les signer de trafic de personnes et comment différencier les traitements des victimes.
« Cela a ouvert les yeux de tous les participants car c’est un sujet qui n’est pas abordé ouvertement. Par exemple, nous avons parlé de ce qu’il faut faire si un patient victime de trafic de personnes se présente. »
La Dre Shahi a continué de travailler avec Compass North tout au long de ses études de médecine et est devenue plus tard directrice de son comité des services cliniques et sociaux.
« Initialement, Compass North a été établi pour offrir des services de santé en dehors des heures de clinique afin d’améliorer l’accès du public aux soins. La clinique offrait des services de base limités comme des ateliers sur la promotion de la santé et la vaccination contre la grippe. Ce fut une magnifique expérience d’apprentissage car dès ma deuxième année d’études de médecine j’ai pu interagir avec des patients, et j’ai pu demander le consentement et acquérir des compétences cliniques avant de commencer mes stages cliniques. »
« Des expériences comme celle de Compass North et le partenariat avec différents organismes locaux m’ont permis de travailler avec différentes équipes et d’apprendre à prodiguer de meilleurs soins dans le Nord. Ce fut ma plus grande motivation et j’aimerais beaucoup continuer de travailler sur quelques-unes de ces initiatives avec des étudiants de l’EMNO et les aider à avoir une meilleure formation. »
La Dre Shahi a récemment commencé sa résidence en radiologie à la McMaster University à Hamilton et prévoit de retourner à Thunder Bay pour fournir des soins à sa communauté d’origine.
L’équité fait les manchettes maintenant plus que jamais. À l’EMNO, l’amélioration de l’équité en santé dans le Nord de l’Ontario est une priorité depuis sa création et demeure un point marquant de son prochain plan stratégique. Nous nous faisons un devoir de montrer la voie avec nos valeurs que sont la responsabilité sociale et l’inclusivité et avec une culture de respect.
Il est important de souligner que les causes profondes de l’aggravation de la santé dans des populations entières est liée à l’iniquité. Camara Phyllis Jones est directrice de la recherche sur les déterminants sociaux de la santé et de l’équité dans la division de santé des adultes et des communautés au National Center for Chronic Disease Prevention and Health Promotion à Atlanta, Georgia. Médecin de famille et épidémiologiste qui se concentre sur l’impact du racisme sur la santé et le bien-être, elle prône aux États-Unis l’accès universel à des soins de santé de haute qualité mais attire aussi l’attention sur les liens clairs entre les déterminants sociaux de la santé (y compris la pauvreté) et les déterminants sociaux de l’équité (y compris le racisme). Je pense que tous les médecins auraient intérêt à regarder sa présentation.
Les personnes dans des situations hautement inéquitables n’ont guère d’autre choix que d’utiliser le système de santé quand « elles tombent de la falaise ». Habituellement, dans ces cas d’urgence, un système entre en jeu pour leur offrir des soins. Mais qu’arrive-t-il aux personnes qui ont peu ou pas d’accès au système de santé?
Dans le Nord de l’Ontario, les soins de santé accessibles constituent un énorme problème. Nous le savons. C’est pourquoi une transformation de la planification des ressources humaines en santé est la grande priorité de notre plan stratégique 2021-2025; un plan qui nous apportera des défis dans tout ce que nous faisons.
Un des points clés consiste à faire le lien entre les ressources humaines en santé et les besoins du Nord de l’Ontario. L’EMNO cherche à constituer un effectif médical florissant pour le Nord de l’Ontario; un effectif intégré localement au système, avec un réseau régional solide. Les soins primaires à la base, soutenus par des services spécialisés solides et accessibles dans tout le Nord.
La formation clinique doit être considérée comme une composante intégrale d’un système de santé durable. Les ressources en médecins nécessaires pour prodiguer des soins accessibles et de haute qualité doivent également être prises en compte dans le contexte de l’enseignement et de l’apprentissage. La formation doit être intégrée dans le système de santé, ce qui signifie que la population étudiante est formée par les médecins mêmes qui travaillent actuellement dans la région.
En partageant des compétences et des méthodes dans l’optique nordique des soins, nous veillons à ce que les futurs médecins soient en mesure de prodiguer le même niveau de soins novateurs de haute qualité.
Le concept de la formation intégrée et de la main-d’œuvre du service clinique ne s’est pas concrétisé dans le Nord de l’Ontario, mais c’est la clé de la réussite future de la prestation de soins de santé durables dans la région, une région à la géographie complexe où l’accès aux soins est réduit et où les taux de maladies chroniques, de morbidité et de mortalité sont plus hauts que la moyenne.
En dépit des 12 classes de médecins formés à l’EMNO et un total de 714 diplômées et diplômés en médecine, les besoins dans le Nord de l’Ontario demeurent élevés. Les communautés rurales, isolées, autochtones et francophones manquent encore de médecins de famille, et plusieurs communautés du Nord de l’Ontario sont en crise. Cette situation a des effets non seulement sur les soins cliniques mais aussi sur la capacité de l’EMNO de soutenir le modèle de formation régionalisée en médecine qui vise à assurer la future main-d’œuvre.
Se préoccuper des déterminants sociaux de la santé exige des actions et des efforts pour réduire les inégalités en santé et socioéconomiques. Les objections à l’action sur les déterminants sociaux de la santé sont souvent intensément politiques. En réponse à ma déclaration sur le racisme, certaines personnes ont dit qu’il ne leur incombe pas d’imposer un comportement. Je vous implore de considérer les faits. La pauvreté, l’inégalité croissante des revenus et des biens, et l’exclusion sociale élargissent et approfondissent tous les inégalités en santé dans le Nord de l’Ontario.
L’Agence de la santé publique du Canada a dressé une liste d’exemples de déterminants de la santé, depuis le revenu jusqu’à la culture en passant par la situation sociale, la race et le genre. Cette liste est longue et nous savons que la santé de toute personne est une somme complexe de ces facteurs.
Les nouvelles orientations stratégiques de l’EMNO porteront sur l’inégalité et la transformation nécessaire du système pour s’aligner sur les Équipes Santé Ontario en appuyant les soins ininterrompus et intégrés, de meilleurs résultats pour les patients et une meilleure valeur pour les bailleurs de fonds avec des soins plus intégrés et rentables. Pour y parvenir, les communautés doivent avoir un effectif médical local adéquat afin de réduire la fragilité du système et de moins dépendre des remplacements. L’établissement d’un effectif médical adéquat constituera un investissement dans les soins de plus haute valeur pour l’avenir.
Le système compte sur le recrutement efficace et le maintien en poste de médecins de famille généralistes qui peuvent travailler dans les communautés, autant dans les hôpitaux que dans les soins de longue durée, les soins à domicile et les soins primaires dans des environnements urbains et ruraux.
Il est maintenant vital de faire des soins primaires le fondement du système de santé car nous prévoyons une autre vague de cas aigus de COVID-19 tout comme les vagues émergentes de maladies chroniques dues à la COVID-19 ainsi que d’autres troubles complexes, y compris les troubles de santé mentale et la toxicomanie.
En ce qui concerne les déterminants sociaux de l’équité, ils sont la clé de la revitalisation de la responsabilité sociale de l’EMNO. L’EMNO continue de se concentrer sur les besoins des populations vulnérables. Nos services de santé doivent se préoccuper de la crise grandissante en augmentant la capacité clinique et la recherche sur la responsabilité sociale dont les résultats nous aideront à formuler des solutions réalistes. L’EMNO est prête à faire face à ces défis.
Une nouvelle initiative de l’EMNO, dirigée par la Dre Barbara Zelek, nouvelle chef de la Division des sciences cliniques de l’EMNO, nous aidera à comprendre les priorités importantes pour les patients du Nord de l’Ontario, les professionnels des soins primaires et les communautés dans le cadre d’une collaboration en recherche. Un réseau de recherche fondé sur l’exercice, appelé NORTHH (NOSM Research Toward Health Hub) a été créé pour travailler à l’intersection de l’amélioration de la qualité et de la recherche pour se pencher sur ces priorités vitales. La Dre Zelek nous en dit plus sur cette initiative importante dans cette vidéo. Merci Dre Zelek pour votre passion, votre dévouement et votre travail sur les déterminants sociaux de la santé dans notre région.
Merci, miigwetch, thank you, pour votre engagement personnel envers l’équité en santé dans le Nord de l’Ontario. Dre Verma
Je vous invite à continuer de suivre mon voyage sur Twitter @ddsv3 en utilisant #OùestDreVerma
Je recevrai volontiers les commentaires sur ce blogue et d’autres sujets que vous désirez porter à mon attention à dean@nosm.ca.
La Journée du chandail orange est le 30 septembre
La Journée du chandail orange encourage la population canadienne à travailler ensemble sur la réconciliation et à écouter la vérité racontée par des survivants des pensionnats. Joignez-vous à moi le 30 septembre à 13 h 30 pour écouter une survivante et un survivant de pensionnats Donna Debassige et Edmund Metatawabin.
→ Envoyez un autoportrait de vous portant votre chandail orange à communications@nosm.ca et nous l’afficherons dans les médias sociaux de l’EMNO!
15e Conférence annuelle sur la recherche en santé dans le Nord
Cette année, la CRSN sera virtuelle! Joignez-vous à nous le vendredi 2 octobre à 9 h pour écouter la conférencière principale, la prof. Erin Cameron, Ph. D. Renseignez-vous à nosm.ca/nhrc.