Des médecins ruraux comblent les lacunes dans les soins d’affirmation du genre
Posted on June 11, 2026
Trois médecins agissent pour combler des lacunes importantes dans le système de santé et améliorer l’accès aux soins d’affirmation du genre dans le Nord de l’Ontario. Il peut être difficile d’accéder à ces soins n’importe où au Canada mais dans le nord-ouest ontarien, les patients doivent aller loin même pour avoir de simples bilans de santé.
La Dre Alexa Lesperance à Fort Frances, le Dr François Doiron à Dryden, et le Dr Justin Bell à Sioux Lookout, tous diplômés et membres du corps professoral de l’Université de l’EMNO, ainsi que membres de la communauté des 2SLGBTQ+, sont des pionniers des soins des patients transgenres et de genres divers.
« Les soins d’affirmation du genre sont vitaux, explique le Dr Doiron, professeur adjoint. Le risque de dépression et de suicide chez les personnes transgenres est énormément plus élevé que chez les autres personnes, et l’accès à des soins d’affirmation du genre peut être une question de vie ou de mort. Dans les communautés rurales, nous sommes seulement une poignée à prodiguer ces soins. »
Les patients de tout le nord-ouest de l’Ontario, de la frontière du Manitoba jusqu’à Marathon, la ville d’origine du Dr Doiron, font jusqu’à 16 heures de route pour se rendre à sa clinique de Dryden, et il va à Thunder Bay pour voir des patients tous les trois mois. Le ministère de la Santé exige un rendez-vous en présentiel avant de pouvoir recevoir des soins en ligne, quelque chose que le Dr Doiron a essaie de changer en collaboration avec l’Ontario Medical Association.
À un peu plus d’une heure de là, à Sioux Lookout, le Dr Bell et une infirmière offrent régulièrement des consultations pour les patients transgenres. Ils servent des patients de tous âges et de tous genres. La plupart sont Autochtones; ils viennent de douzaines de communautés des Premières Nations et peuvent devoir prendre un ou deux vols pour accéder à des soins de santé. Il est également possible d’avoir des rendez-vous par téléphone et en ligne.
« Il existe des personnes transgenres partout au Canada. Les habitants des communautés rurales et éloignées font souvent face à l’isolement, à l’absence de communauté queer et à des taux élevés de transphobie » affirme le Dr Bell, professeur adjoint.
Outre son travail clinique, il s’efforce de faire une différence au moyen de la recherche sur les expériences des patients transgenres dans le domaine des soins primaires. Durant ses études de médecine, plusieurs de ses amis ont révélé être transgenres, ce qui a éveillé son intérêt pour les soins d’affirmation du genre : « Lorsque mes amis se sont révélés, j’ai réalisé que les options d’accès aux soins étaient très limitées pour la plupart des gens. Traditionnellement, obtenir des hormones et des aiguillages vers la chirurgie passait par un processus d’orientation long et humiliant au Centre de toxicomanie et de santé mentale à Toronto. En 2016, le gouvernement de l’Ontario a décentralisé les soins de santé des transgenres, ce qui leur a ouvert de nombreuses portes pour accéder aux soins par l’entremise de leur médecin de famille ».
Le Gizhewaadiziwin Health Access Centre dans la Première Nation de Couchiching sert des patients des communautés des Premières Nations des régions de Fort Frances, Rainy River et Atikokan. Même si des patients doivent prendre une navette ou faire une heure et demie de route pour aller à leurs rendez-vous, ils reçoivent si possible des soins dans leur communauté. Par exemple, du personnel infirmier se rend directement dans des réserves pour fournir des services comme des injections de testostérone, ce qui aident les gens à recevoir des soins d’affirmation du genre près de chez eux et dans un environnement respectueux de la culture.
Pour sa part, la Dre Lesperance, chargée de cours de clinique, qui prodigue des soins au Health Access Centre, a toujours offert des soins d’affirmation du genre dans le cadre son exercice, motivée par deux femmes fortes présentes dans sa vie : « Ma tante, Mme Mona Hardy-ba était une sage transgenre bispirituelle qui a aidé beaucoup de gens à Thunder Bay. Le soutien qu’elle offrait m’a inspirée ainsi que l’absence d’accès aux soins pendant sa jeunesse. Pendant mes études de médecine à Thunder Bay, j’ai eu le privilège de travailler avec la Dre Annabella Zawada, fondatrice de l’Umbrella Clinic, qui a apporté les soins d’affirmation du genre dans la ville. Sa pratique de rencontrer les gens où ils sont a fondamentalement changé la médecin que je suis devenue ».
Pour ces trois médecins, l’importance d’agir pour la communauté queer a motivé leur décision de prodiguer des soins d’affirmation du genre.
Selon la Dre Lesperance « le Mois de la fierté a une grande importance pour moi personnellement et professionnellement. En tant que personne anishinaabe queer et non-binaire, je trouve que c’est l’occasion de célébrer l’identité, la communauté et la résilience des personnes 2SLGBTQ+. Étant donné que je travaille dans les soins de santé, le Mois de la fierté me rappelle aussi l’importance de créer des lieux où les gens se sentent en sécurité, respectés et qui affirment qui ils sont ».
« Pour moi, le Mois de la fierté n’est pas seulement un moment de célébration mais prône aussi la visibilité et la défense des intérêts, poursuit-elle. Il est important que les Autochtones et les personnes 2SLGBTQ+ se voient dans les lieux de soins de santé et sachent qu’elles méritent des soins qui honorent leurs identités et leur culture. Le Mois de la fierté est un rappel de la vigueur de nos communautés et de l’importance de continuer à aider les gens à accéder à des soins compatissants et respectueux de la culture. »
Désirez-vous en savoir davantage sur les soins d’affirmation du genre? La Bibliothèque des sciences de la santé de l’Université de l’EMNO possède un guide thématique sur les 2SLGBTQ+, qui inclut une section sur la santé des personnes transgenres et intersexuées.
Légende : La Dre Alexa Lesperance (à gauche), le Dr François Doiron (en haut à droite), et le Dr Justin Bell (en bas à droite). Photos fournies par les Drs Bell et Doiron. La photo de la Dre Lesperance est de la photographe des Premières Nations, fournie gracieusement par l’Indigenous Physicians Association of Canada.
